Libérée de mes chaines
Je ne m’étendrai pas sur mon enfance, même si elle permet de comprendre l’évolution de ma personnalité. Mes parents ont divorcé au début de mon adolescence et, très tôt, j’ai appris que l’amour pouvait se défaire, que la stabilité n’était pas une règle. Très vite, j’ai cherché ailleurs ce qui me manquait sans savoir le nommer. J’ai confondu besoin d’amour et besoin d’être choisie. J’ai confondu intensité et vérité. Les mauvaises rencontres ne me paraissaient pas mauvaises au départ ; elles ressemblaient à des promesses. J’ai pris des décisions rapides, parfois irréfléchies, persuadée qu’il fallait saisir ce qui se présentait avant d’être à nouveau laissée derrière.
Jeune adulte, j’avançais avec détermination vers la réalisation de mes désirs. Je n’avais aucune sagesse et ne rêvais que de mode, de podium, de beauté. J’ai obtenu mon diplôme de styliste et bientôt je claquais les portes des maisons de couture en voyant la face cachée de cet environnement. J’avais soif d’absolu, mais je ne connaissais pas la direction.
Je suis donc parti chercher du travail ou j’ai rencontré un homme déjà marié. Je savais que la situation était compliquée, moralement bancale, mais je me suis laissée entraîner. Je travaillais avec lui. Nous partagions le quotidien. De cette relation est née ma fille, lumière inattendue au milieu d’un équilibre instable.
Sa naissance a réveillé en moi une force nouvelle. Une responsabilité plus grande que mes errances. Pourtant, la réalité s’imposait : l’homme avec qui je vivais était noceur, buveur, dépensier. L’argent disparaissait aussi vite qu’il arrivait. Les projets se dissolvaient dans l’imprévu. Et malheureusement, je n’étais pas la seule femme de sa vie. J’essayais de maintenir une structure, une cohérence, une protection pour mon enfant.
Au bout de sept ans de vie commune la séparation est devenue inévitable.
Entre-temps, j’avais créé ma propre entreprise : une librairie presse. C’était peut-être un peu insensé. J’aimais les livres, les idées, les mondes qu’ils ouvraient. Mais je ne me versais pas de salaire. Pour tenir, je multipliais les petits boulots. Je vivais dans l’incertitude de pouvoir continuer.
A côté de ça, je cherchais du sens, du pouvoir sur l’invisible, une forme de maîtrise spirituelle. Je me suis approchée de la magie blanche. Cela me semblait lumineux, presque pur. Une manière d’accéder à des forces bienveillantes. Mais peu à peu, sans que je m’en rende compte, la frontière s’est déplacée. Ce qui me paraissait inoffensif s’est teinté d’ombre. La curiosité est devenue pratique. La pratique, dépendance subtile.
Je croyais explorer. En réalité, je m’enfonçais.
C’est dans cette période que j’ai commencé une formation à Paris. Là-bas, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari. Notre relation s’est construite autrement, avec davantage de stabilité. Ce n’était plus la passion désordonnée de mes jeunes années. C’était plus solide, plus réfléchi.
En 2005, un événement décisif a bouleversé ma trajectoire. Je me suis mise à faire des recherches sur l’Apocalypse en annexe de mes activités de sorcellerie. Au départ, c’était une curiosité pour les prophéties, pour la fin des temps. A la fin de ma lecture, il y avait une petite phrase inscrite en petit en bas de page. « Si tu n’as pas encore donné ta vie à Jésus c’est le moment ». A ce moment, j’ai entendu une voix me dire : « Ca suffit. » J’ai demandé à mon époux s’il m’avait parlé mais non bien sûr. Et surtout j’ai compris immédiatement que « ça suffit » concernait la sorcellerie. Bien sûr, j’ai immédiatement tout arrêté, tout jeté, tout brulé.
J’ai compris que ce que je cherchais dans l’ésotérisme — protection, connaissance, puissance — se trouvait en Christ, mais sous une forme totalement différente : non pas le contrôle, mais l’abandon ; non pas la manipulation, mais la confiance ; non pas l’accès à des forces, mais une relation.
Ce fut mon premier véritable pas avec Dieu.
J’ai appris seule. J’ouvrais la Bible pour savoir. Je parcourais des sites d’études bibliques. J’écoutais des pasteurs enseigner. J’ai tâtonné. Je réalisais progressivement à quel point la grâce de Dieu ne m’écrasait pas ; elle me relevait.
En 2006, nous nous sommes mariés. J’ai continué mon chemin avec le Seigneur, je priais pour mon époux et je voyais mon Dieu frapper à la porte de son cœur mais celui-ci n’était pas encore tout à fait prêt.
En 2009, nous avons décidé de partir vivre en Bretagne pour reprendre un magasin et changer de vie. Ces temps m’ont permis de mettre en pratique certaines choses que j’apprenais dans la bible. En 2011, nous avons eu la joie de voir arriver dans notre foyer notre fils qui est pour nous un véritable don de Dieu. Nous avions presque perdu espoir d’avoir un enfant ensemble. Mais c’était sans compter sur notre Seigneur et son agenda. Dans mon cœur grandissait un désir clair : celui du baptême. Comme j’étais très timide, j’ai tanné mon époux pour m’accompagner dans une église. Nous sommes arrivés à l’église de Redon en janvier 2013. A peine entrée et présentée je demandais le baptême. Il m’a fallu attendre jusqu’à juin de la même année pour enfin faire le grand plongeon. Mon mari m’a suivi le mois suivant. Là, nous avons découvert la simplicité du service : les enfants et le ménage pour moi. Rien de brillant, mais beaucoup de fidélité.
Dix années à Redon. Dix années de croissance, de service, d’apprentissage et tout s’est effondré. Je crois que tout le monde a sa part de responsabilité.
Puis un nouveau départ vers l’église de Ploërmel s’est offert à nous. Des visages connus retrouvés. Des liens renoués. On m’a proposé d’accompagner des adolescents. Moi qui avais espéré rester en retrait après la tempête. Le Seigneur a dû penser que j’étais assez reposée.
Peu à peu, j’ai intégré l’équipe pastorale avec mon époux. Moi qui avais cherché la lumière dans des pratiques obscures, je me retrouvais à enseigner, à encourager, à accompagner. Avec mon mari, nous avons commencé à proposer des études pour les couples. Notre histoire, avec ses fractures et ses restaurations, devenait un terrain de compréhension et de compassion.
Aujourd’hui, je vois avec joie mon mari faire ses études pastorales et je prie pour que le Seigneur l’utilise pour Sa seule gloire. J’ai eu aussi la joie de voir ma fille se faire baptiser et je prie pour que notre fils fasse un jour le même choix.
Je ne peux pas effacer mon passé. Il fait partie de moi. Mais il n’a pas le dernier mot.
J’ai connu l’instabilité, l’illusion, les dérives spirituelles. J’ai voulu contrôler l’invisible et j’ai découvert un Dieu qui me demandait simplement de Lui faire confiance.
Aujourd’hui, je sais que la grâce ne nie pas les détours. Elle les traverse. Elle les transforme.
Ce qui était errance est devenu appel.
Ce qui était obscurité est devenu discernement.
Et là où je cherchais désespérément à être aimée, j’ai découvert que je l’étais déjà.
Baptême en juin 2013

